Association
pour la Défense de l'Environnement
et la Maîtrise de l'Urbanisation
à Brétigny-sur-Orge
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Ecoquartier Clause : peut mieux faire !

Vanté par ses promoteurs comme l’exemple même de la réussite en matière de développement durable, l’éco-quartier Clause est-il vraiment si exemplaire ? Pas si sûr !

L’accouchement fut en tout cas difficile. Sans vraie concertation, il fut décidé d’emblée de construire 1630 logements, puis d’y ajouter 800 logements supplémentaires sous la pression de la Région, en contrepartie des 5 millions d’euros de subvention demandés pour les aménagements publics. Autant dire une vraie ville nouvelle de 6 à 7000 habitants. On imagine aisément l’impact d’un tel programme sur l’environnement, et les bouleversements que cela va apporter à Brétigny. Une charte « développement durable » a été adoptée pour garantir le label éco-quartier. Or, que constatons-nous aujourd’hui ? Les premiers immeubles en voie d’achèvement laissent une impression de déjà vu quant à l’allure et à l’architecture, où des matériaux traditionnels, tels le béton pour la structure et la laine de verre (1) pour l’isolation, ont été utilisés. L’ensemble déjà construit donne une impression de masse compacte que les habitants actuels de l’avenue Clause ne devraient pas beaucoup apprécier. De cet ensemble, somme toute banal, se détache l’école Aimé Césaire utilisant le matériau bois et classée Haute Qualité Environnementale (HQE) . Mais cette dernière réalisation, certes remarquable, n’est ni la seule ni la première de son espèce en France, la ville de Pantin, par exemple, ayant devancé Brétigny de quelques années. Et les maisons en bois se développent partout, et pas seulement en Allemagne et en Suisse. En matière de performance énergétique, nous savons qu’il y aura un bâtiment labellisé BBC (2) et qu’un autre, comportant 54 logements sociaux, produira autant d’énergie qu’il en consommera. Grâce à 1200m² de panneaux photovoltaïques. Intéressant, mais cela n’a rien d’extraordinaire, car, dès 2012, le BBC sera devenu la norme pour toute construction nouvelle, et la nouvelle réglementation thermique, adoptée cette même année 2012, introduira le label BBC+, encore plus économe en énergie. Et on compte, en France et dans le monde, des bâtiments à énergie positive (très faible consommation d’énergie et production supérieure à la consommation grâce à l’utilisation d’énergies renouvelables). En 2020, ces bâtiments à énergie positive seront devenus la norme partout. Clause n’est donc pas en avance par rapport à d’autres programmes, en France ou ailleurs. Sur le plan des déplacements et des transports, rien de révolutionnaire non plus, tant s’en faut. Certes, il y aura quelques « pistes cyclables » et quelques cheminements afin de se conformer à la réglementation en matière de circulations douces. Mais on restera dans le contexte du tout-automobile, en dépit de quelques restrictions en matière de stationnement. Bref, une occasion perdue pour faire un véritable quartier à circulation apaisée et à priorité piétonne, comme cela se fait ailleurs. Venons-en à l’eau. Le parti adopté pour ce quartier en matière de traitement des eaux de pluie est tout à fait positif, qu’il s’agisse du traitement écologique en surface (bassins et noues) et de la récupération pour l’arrosage. En revanche, rien n’est prévu pour la réutilisation des eaux grises (cuisine et salle de bains) qui, en ces temps de stress hydrique croissant, pourraient être récupérées ainsi que les calories qu’elles contiennent. De tels programmes existent déjà. Restent les eaux vannes (toilettes) qui représentent, surtout en l’absence de chasses d’eau à double flux, un gaspillage d’eau conséquent. La technique des toilettes sèches, généralisée, semble-t-il avec succès, dans une ville suédoise, représente sans doute une solution d’avenir...parmi d’autres. L’avenir, c’est incontestablement le traitement local des eaux, pluviales et usées, et la remise en cause du tout-à-l’égout alimentant des stations d’épuration géantes submergées par des effluents de plus en plus difficiles à traiter. Du côté de la biodiversité et de la continuité écologique, il nous faut attendre, entre autres, la mise en œuvre des 13 ha prévus d’espaces verts, dont un parc de 7 ha, pour pouvoir juger de la réussite de l’opération. Prévus pour 2011, les travaux ont pris, là aussi, du retard et ne démarreront qu’en 2012. Nous souhaitons prendre une part active à cette réalisation qui devra, elle aussi, faire preuve d’innovation. En conclusion, nous dirons que cette première tranche du programme Clause présente trop d’insuffisances en matière de développement durable. Nous espérons que la deuxième tranche à venir, dans la ZAC du Bois-Badeau, se montrera nettement plus novatrice et annonciatrice de ce que devra être, dans les décennies à venir, un véritable quartier du 21ème siècle.

(Ademub infos n°42 juin 2011)