Association
pour la Défense de l'Environnement
et la Maîtrise de l'Urbanisation
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Val Vert : la lettre ouverte de l’Ademub au président de l’agglomération du Val d’Orge

VAL VERT- CROIX BLANCHE, NOUVEAU COMPLEXE COMMERCIAL ET ARTISANAL DE 70 HECTARES OUVRIRA SES PORTES EN 2013.

Ce site de « l’habitat durable et intelligent », selon l’agglo du Val d’Orge, proposera même une « exploitation agricole de proximité ». C’est sur ce dernier point que nous avons souhaité questionner le président de la Communauté d’agglomération du Val d’Orge Brétigny, le 17 janvier 2011

Monsieur le Président de la Communauté d’agglomération du Val d’Orge,

Nous avons noté, dans les documents publiés par l’agglomération du Val d’Orge pour promouvoir Val Vert, la volonté exprimée par celle-ci de « diversifier l’activité agricole en développant les « circuits courts » et de « préserver le paysage ». Je citerai également un des « effets collatéraux » attendus de Val Vert, sur le site Internet dédié à sa promotion * : « ...de reconfigurer un paysage aujourd’hui dépourvu de valeur collective, et de lui redonner un sens et une utilité par, notamment, la création d’une exploitation agricole de proximité ».

Nous n’épiloguerons pas sur cette curieuse affirmation selon laquelle un paysage, « dépourvu jusqu’à présent de valeur collective », s’en trouverait doté par la magie d’une entreprise au caractère essentiellement commercial. Car nous croyons comprendre qu’un tel miracle résulterait de l’implantation sur Val Vert d’un clone de la « ferme du Sart », grande surface commerciale du groupe AUCHAN, dédiée aux produits frais, disposant d’une extension maraîchère, le tout sur 5 à 7 hectares.

Notre association est bien sûr favorable à la distribution par circuits courts de denrées maraîchères de production locale, notre préférence allant, en ce domaine, aux productions agrobiologiques. Or, au vu des besoins de la population du Val d’orge (128 000 habitants en 2008), les volumes produits dans le cadre de Val Vert nous apparaissent très insuffisants. De même que sont pour l’heure insuffisantes les productions maraîchères dans notre région pratiquant la vente en circuit court, notamment celles organisées en AMAP, bien que celles-ci soient actuellement en forte expansion.

En outre, à l’instar des installations précédentes de cette enseigne, dans le Nord de la France, tout nous semble indiquer que la part de l’agriculture de proximité dans ce nouveau projet y sera marginale : autour de 10% de la vente réalisée.

Or, vous n’ignorez pas quel type de relations clients-fournisseurs on peut attendre de ces entreprises issues de la grande distribution et contre lesquelles les agriculteurs, confrontés à la chute brutale des cours, ont manifesté encore récemment. Nous pouvons donc craindre, que la soi-disant « ferme » du Sart, n’exerce sur les producteurs une forte pression à la baisse sur les prix, ce qui ne manquerait pas de se trouver en contradiction avec vos propres convictions politiques.

Vous avez fait du développement durable et de l’exemplarité l’étendard de Val Vert. Il nous semblerait judicieux de poursuivre le raisonnement et d’ajuster la mise en pratique de plusieurs manières :

1 - Il nous semble que votre responsabilité d’élu local et de donneur d’ordre dans l’aménagement de cette zone vous autorise à prendre en considération la dimension sociale du développement durable, en imposant au cahier des charges de la ferme du Sart des pratiques saines vis-à-vis des producteurs locaux, en garantissant des engagements d’achat sur le long terme ainsi que des prix stables, sans lesquels les agriculteurs sont réduits à une précarité insoutenable.

2 - Le développement durable tend effectivement à favoriser les circuits courts et une agriculture respectueuse du territoire et de son environnement, ce qui induit de penser si possible les activités de la production jusqu’à la consommation ultime, traitement des déchets compris. En conséquence, nous vous demandons ainsi qu’à l’agglomération du Val d’Orge, de soutenir le projet, élaboré par la chambre d’agriculture interdépartementale et la SAFER, visant à consacrer une centaine d’hectares à l’agriculture biologique sur une partie des terrains libérés par la fin de l’activité de la base aérienne 217. Cette création, relativement modeste, de nouvelles surfaces agricoles couvrirait une part des besoins locaux et correspondrait à une bonne compréhension des enjeux du développement durable. Rappelons à ce propos que les communes du Val d’Orge ont détruit en 20 ans 826 hectares de terres agricoles, un capital quasi non renouvelable, soit 15% de leur territoire. Parallèlement, si la région et l’Etat ont conçu un plan bio pour porter la part de l’agriculture biologique à 6% de la Surface Agricole Utile régionale d’ici à 2012 conformément aux accords du Grenelle de l’environnement, nous en sommes encore loin (à peine 1,5%).

3 - Nous n’ignorons pas le souci de l’agglomération du Val d’Orge de rencontrer le public à propos de Val Vert. Plusieurs réunions ont eu lieu, nous y avons participé. Nous constatons cependant qu’aucune instance permanente de concertation autour de ce projet n’a permis aux associations de participer à son élaboration, et c’est finalement de manière tardive, voire même incidemment, que nous accédons aux informations et avons connaissance des décisions prises. Nous regrettons d’autant plus cet état de fait que notre fédération départementale, Essonne Nature Environnement, est représentée par ailleurs dans un projet de territoire conséquent impulsé par l’Etat, puisqu’elle siège, en la personne de son président, au comité de site de la base aérienne 217. C’est là un autre volet du développement durable, qui nous semble nettement améliorable, celui de la concertation.

Peut-être votre réflexion a-t-elle déjà évolué dans ces mêmes directions sans que nous en ayons connaissance. D’avance nous vous remercions donc pour les réponses que vous voudrez bien apporter à nos questions. Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, nos salutations distinguées.

Dominique DEBOISE

Président de l’ADEMUB